Diana Agrigoroaei – Fight Club et l’analyse de la formation du groupement terroriste de Tyler Durden

from Diana Gabriela AGRIGOROAEI, Facultatea de Stiinte Politice, Universitatea din Bucuresti

Sectes, armées, groupements clandestins. Comment peut-on convaincre quelques milliers de personnes d’agir ensemble pour (se) faire du mal ? J’ai considéré fort intéressant d’analyser un film qui, de mon point de vue, se plie bien à la réalité. Puisque je me suis moi-même trouvée fascinée par les idées du film, j’ai commencé de me poser des questions sur les éléments qui m’ont persuadé et surtout sur la plausibilité des faits.

Le film de David Fincher de 1999 expose plusieurs niveaux de la vie des individus d’environ 30 ans, des sociétés contemporaines, dans les grandes agglomérations : la crise individuelle et celle généralisée de l’homme toujours en compétition, qui perd le sens de sa propre valeur et qui s’accroche de tout attention, négative ou positive, portée sur lui. Il s’agit d’un homme dont on ne sait pas le nom réel qui, après une crise de personnalité, change complètement la vie et fonde une armée clandestine qui a comme but de rendre le monde à l’époque précommerciale et préindustrielle. De plus, toutes ces initiatives il les attribue à son ami imaginaire, Tyler Durden.

Les théories modernes sur la persuasion et manipulation, formulés par Robert Cialdini et Jean-Noël Kapferer, peuvent être exemplifiés en analysant les étapes du recrutement des membres, l’organisation et l’activité de l’armée pour Projet Mayhem.
Commencement

Les premiers membres deviennent intéressés de l’image de Tyler qui se heurta (soi même) devant un pub, en se donnant des coups. Que pourrait attirer les autres ? La nouveauté. Un de ses spectateurs demande alors s’il pourrait être le suivant : “Can I be next ?”. On peut expliquer cela par le fait que même un événement non favorable, justement par son caractère non familier, exerce un attrait systématique, intrinsèquement plaisant. « L’organisme manifeste une préférence d’exposition à des stimuli nouveaux, curieux, peu familiers (…) au même titre que certains jeux demandent aux joueurs de décider dans des situations constamment renouvelées »1. La nouveauté semble avoir une valeur hédonique – les luttes ont la même implication.

Peu après l’incident, les rencontres pour les combats en deux deviennent habitude. On peut dire qu’au début, l’agressivité dans le club permettait un écoulement des pulsions violentes refoulées ; c’était une sorte de libération, si on pense à l’hypothèse freudienne de la catharsis. Les deux partisans du combat semblaient, les deux, satisfaits. « Fight Club wasn’t about winning or losing. »2
«
L’idéologie »

Selon Kapferer, « la communication persuasive est un stimulus complexe qui pose une question et fournit la réponse »3. « L’idéologie » crée par le fondateur du club porte justement sur les maux cachés, spirituels, de chacun des membres. Ses discours au rôle incitant mentionnent, dans leur généralité, le statut et l’état mental de l’homme contemporain ordinaire. L’essentiel de ses paroles est que les médias et la publicité détermineraient l’individu de désirer des choses et des titres dont il n’a pas besoin et auxquelles il n’aura jamais accès. Ce sont là les origines des frustrations de ces enfants non désirés de Dieu « God’s unwanted children » qui n’ont pas des guerres ou des crises authentiques. « Our great war is a spiritual war. Our great depression is our lives ». « It’s only after we’ve lost everything that we’re free to do anything. » Ces affirmations constituent leur justification pour les plans qui suivent. Ils essayeront de détruire les sièges des compagnies de cartes de crédit pour que les dettes soient effacées et que « la vie commence de zéro »
Le profil des adhérents

La typologie des membres de l’organisation est importante aussi, puisque « il faut examiner la persuasion (…) du point de vue de la personne qui reçoit le message »4. Selon Kapferer, une décision est prise en liaison avec le fonctionnement de la perception, de la pensée, de la mémoire, de la formation et des changements de l’attitude. Ce processus dépend des variables sociodémographiques : age, sexe, style de vie, position socio-économique, complexité cognitive (intelligence), facteurs de personnalité (anxiété, estime de soi, extraversion, introversion, intérêts)5. On sait, des mots de Tyler, que les hommes qui l’entouraient étaient « an entire generation pumping gas. waiting tables, slaves with white collars ». Seulement des hommes sont impliqués, alors, et ceux-ci ont un bas niveau d’éducation et sont fort influençables.

Le thème de la famille désorganisée apparaît souvent dans le film. L’interprétation freudienne explique ce fait : les frustrations de l’enfance – causées par le manque d’affection ou l’absence du père que Tyler mentionne – peuvent engendrer des déséquilibres émotionnels. Ficeac parle de l’intolérance pour le chaos, une théorie selon laquelle, dans certaines familles, une atmosphère trop autoritaire créée par les parents rend l’enfant presque « dépendant » d’un système bien défini et lui transmettent une inclinaison naturelle vers une tutelle despotique. Les membres du Projet Mayhem ont donc besoin d’un commandant tyran.
Les stratégies de la persuasion

L’implémentation des règles de l’organisation (you do not talk about fight club, one fight at a time, etc.) est la première étape pour les bases de l’organisation qui deviendra un groupement rigoureusement structuré.

On peut identifier, à travers ces démarches d’organisation les éléments considérés par Robert Cialdini comme règles6 du processus de la persuasion.

La rareté

D’habitude, ce qui est difficile à obtenir a plus de valeur et d’importance sous nos yeux. C’est comme si l’effort supplémentaire rend le but plus attirant, plus précieux. C’est aussi le cas avec le recrutement pour le Projet Mayhem. Les candidats doivent résister devant la maison de Paper Street pour trois jours et trois nuits sans bouger, sans nourriture, sans eau et en supportant les attaques et découragements de la part du leader ou des autres membres. Leur uniforme et possessions sont strictes : vêtements noirs et 300 $ pour les funérailles. Ces demandes, même si amusantes par leur énormité, ont le rôle d’initiation. Cela rend aussi le leader très respectable.

La sympathie ; l’appréciation et l’amitié

En effet c’est à travers les relations et avec des rumeurs que le club gagne des adhérents. Kapferer souligne « qu’un canal important d’influence dans nos choix est celui des communications interpersonnelles directes : nous tenons plus compte des messages d’amis et des proches que des messages des média »7. Une soirée Tyler observe que les participants aux luttes sont de plus en plus nombreux et cela signifie que les premières deux règles du club, de jamais en parler, avaient été désobéies.

L’autorité

La personnalité de Tyler Durden est analysable de plusieurs points de vue. N’oublions pas qu’il est l’alter ego d’un homme simple, qui l’outille avec tous les traits désirés : « smart, capable and most importantly, I’m free in all the ways that you are not ». On peut considérer qu’au moment où il joue ce rôle, il devient vraiment ce qu’il désire : autoritaire et admiré par les autres. Sa légitimité comme leader réside surtout dans la création et dans l’organisation du club. Il est donc le cerveau du réseau et le chef, celui qui les autres obéissent. Les rumeurs parlent de lui comme d’un « grand homme, qui dort seulement 3 heures par nuit ». Son aura de mysticité est notoire : tout est gratuit pour lui.

L’autre coté de Tyler est sa vraie personnalité : un simple fonctionnaire, à caractère presque commun. La psychologie aura le diagnostiquer schizophrénique : Il laisse à Marla le numéro de téléphone de Paper Street avant d’arriver là, lui-même, pour sa première fois.

Cette dernière version de sa personnalité semble avoir moins d’influence. Ses ordres, de stopper les activités terroristes, ne sont pas écoutés. La personnalité de son autre lui est fortement expansive.

Une source peu crédible, comme Tyler Durden l’est, peut devenir leader d’opinion et conduire à des changements d’attitude à long terme de son auditoire. Cela est fait par un détournement de l’attention du « public », qui n’a pas l’intérêt ou la construction mentale nécessaire pour se formuler des contre arguments8.

La preuve par la masse

Ce principe montre que l’on considère comme correct ce que les autres décident. Pour chacun des membres du club, l’organisation dans son ensemble représente le groupe de référence. Tous agissent de la même manière et ont les mêmes pensées. Leur leader les appelle des « singes spatiaux ». Bogdan Ficeac explique le processus par lequel les individus dans un tel groupe perdent leur identité. La désindividualisation9 survient avec l’effacement des traits spécifiques (les soldats du projet Mayhem n’avaient pas du nom) et avec l’uniformisation de pensée, de vêtements et de langage. Le suicide n’est pas considéré comme un acte déplorable, mais il est au contraire promu comme un acte révolutionnaire, un sorte de sacrifice pour le bien suprême. Lors des explosions des bâtiments, Tyler dit de ceux qui se trouvaient à l’intérieur, de « ses » hommes : « We’re not killing anyone. We’re setting ‘em free ! ».

La déshumanisation est aussi un trait de l’organisation terroriste. Même s’il s’agit d’une victime parmi eux – Robert Paulsen qui est enterré au jardin de la maison de Paper Street – le fait est qu’ils considéraient les membres de l’organisation comme des simples soldats sans identité. Le destin de ceux affectés par leurs actes de vandalisme ne comptait non plus. Ils donnent naissance au phénomène d’anomie parmi eux et aussi au sein de la société. Il s’agit du sentiment diffus d’insécurité et de peur permanente qui mène à la croissance généralisée de l’agressivité.

La réciprocité et L’engagement (La consistance)

La redéfinition du langage est présent par la répétition des règles, des idées et des mots clés, et ont plusieurs rôles, selon Kapferer10 : attirer l’attention, les faire aimer, les comprendre, les retenir. L’individu arrive à ne plus penser, mais seulement à agir constamment pour s’adapter à l’utilisation des termes abstraits, qui réduisent la réalité aux quelques clichés et déterminent l’individu d’agir par réflexe11. C’est aussi une des stratégies pour le soi-disant lavage du cerveau – qui comprend la répétition à l’infini de certains points, mais aussi l’intégration totale du sujet dans l’activité du groupe, de son comportement, de ses pensées. C’est pour cela que l’armée de Paper Street devient en quelque sorte autarchique – ils fabriquent du savon en quantités commerciales pour se financer et on peut les voir cultiver le jardin pour la nourriture.

Le contrôle du comportement est réalisé justement par un programme strict, par les devoirs individuels (homework assignments) et par la résidence en commun. La redéfinition de leurs sentiments est ainsi assurée, de même que leur loyauté et leur dévouement, fait qui est conforme à la loi de la réciprocité ; ils ont une dette pour ceux qui leurs ont permis l’adhésion. Le dégèlement dont Ficeac parle est réalisé par l’inclusion des individus dans le club en premier lieu, fait qui leur donne le sentiment d’appartenance au groupe et la confiance. Le refroidissement est ensuite utilisé – en les endoctriner.
Processus psychiques des persuadés

Si on a des doutes quant à la plausibilité des comportements des personnages, la théorie de la dissonance cognitive 12 explique tout. L’état de tension psychique généré par la différence entre les opinions, les sentiments et les actions d’une personne est réduit par l’adaptation des orientations, pour qu’elles coïncident. Le cas le plus intéressant est quand les opinions changent selon les actions. Cela implique que le comportement cause l’attitude, dans certains cas. Ce processus entraîne des autres comme la perception défensive : on voit et on comprend ce qu’on veut, et non pas toujours la réalité et la théorie de la self – perception qui indique les modalités dont une personne s’observe pour s’analyser et pour prendre des décisions. Cela explique pourquoi les « singes spatiaux » refusent d’écouter leur leader (quand celui-ci veut annuler le projet Mayhem), et pourquoi celui-ci a un ami imaginaire.

La persuasion est donc, en premier lieu, auto – persuasion, puisque la crédibilité d’une communication est une attribution subjective. Ce qui compte c’est le contenu des réponses cognitives produits à la procession du message13. La construction mentale de ceux qui s’engagent en Projet Mayhem est de telle manière qu’ils deviennent des exécutants parfaits.
Conclusion

« L’audience réagit à la communication de façon subjectivement cohérente. »14 et non par les règles de la logique mathématique. La persuasion est un processus et c’est difficile à saisir ses éléments à chaque moment. Les effets les plus exagérés de la persuasion peuvent être exemplifiés par les groupements terroristes. Fight Club est un chef d’œuvre quant à l’illustration du schéma d’une telle organisation. Et c’est peut être indiqué de se demander pourquoi, même tenir compte de la grande quantité d’agressivité et de « mauvaise influence » qu’il contient, le film a, en tout, l’air sympa, divertissant et .instructif.

5 Responses to Diana Agrigoroaei – Fight Club et l’analyse de la formation du groupement terroriste de Tyler Durden

  1. Cred ca ar fi fost interesant daca l-ai fi pomenit (macar in treacat), pe Chuck Palahniuk, autorul romanului “Fight Club”, dupa care s-a facut filmul lui Fincher. Deci genialitatea ar trebui cautata la Palahniuk ( a se cauta la ed. Polirom toate volumele lui )mai degraba decat la Fincher sau sex-simbolul Pitt. In rest, o cronica solida. Mult succes in continuare!

  2. O analiza interesanta, dar daca mergi pe ideea ca tot ce conteaza in film e agresivitatea si ideea Fght Cluburilor(care pt o vreme au fost o realitate in america si nu doar fictiune) inseamna ca filmul e tratat superficial.Violenta este un motiv, o tema, la fel cum a fost folosita si in filmul O portocala mecanica…si la fel cum apare in o mie de romane…
    Fight Club nu are o mare profunzime psihologic dar cu siguranta nu este un film despre violenta, putea la fel de bine sa mobilizeze masele printr-un bun advertisign la orechestrele simfonice si cu atat mai putin nu este montat sau construit ca un film agresiv ci mai mult ca un film acceptabil sambata seara.
    Intr-adevar cartea a aparut inaintea filmului, ceea ce demonstreaza direct caracterul comercial, pt ca si fight cluburile au aparut dupa film. Fight Club e un film pe care il stimez pt imagine si montaj dar uneori este luat mult prea in serios pt ceea ce poate oferi, daca regizorul ar fi vrut sa convinga oamenii la lupta…o putea face si printr-un scurt metraj de 5 min si poate chiar mult mai ieficient. Filmul e o arma uimitoare, insa trebuie sa facem diferenta ca e doar o opera de fictiune la fel ca orice alta carte sau creatie, purtandu-si manifestu fara a fi documentar, vremurile cand rusii proiectau filme despre comunism pe ferae ca sa indoctrineze taranii au trecut.ar trebui sa cerem mai mult de la noi. Mi-a placut mult sa iti citesc postul si vizionare placuta in continuare

  3. Catre Alex: Am citit cartea lui Chuck Palahniuk dupa care s-a facut filmul, si nu mi-a placut la fel de mult. Sincer, cred ca geniul lui David Fincher a facut mai degraba povestea asta sa insemne ceva; cartea as fi caracterizat-o drept teribilista si “dark” daca as fi citit-o fara sa stiu ecranizarea. Dupa parerea mea, asta e unul din cazurile rare cand filmul imbogateste cartea.
    Catre didi melc: nici eu nu cred ca agresivitatea e principala in film. Ador filmul asta pentru cu totul alte motive: e amuzant, motiveaza, e chiar relaxant si teribil de destept. Am analizat insa persuasiunea si manipularea in principal pentru ca asta a fost tema in jurul caruia trebuia sa construiesc eseul, si mi s-a parut o exemplificare excelenta proiectul Mayhem din FC.

  4. Ce faci draga, scrii in doua parti despre acelasi lucru…? Pai, mie nu-mi place ‘Fight Club’. E un film bun, dar prea s-a facut atata caz de el… Sa fi vazut ce voga mare era prin 2000 la noi cu ‘Fight Club’-u’ aista, domnle. Venea o amica de la Cluj pe atunci in Bucuresti si daca nu mi-a umplut capul vreo 4 ore cu filmul asta… Aceeasi moda fu si cu nenea Coelho. Mai, daca nu citeau toti Coelho de cred ca a innebunit Humanitasu’. Toata lumea vedea ‘Fight Club’. Toata lumea citea Alchimistu’. Si erea toti inspirati…
    Acu, chit ca mie nu-mi place neam subiectul, intratul tau in tema asta e bun, dar e prea incastrat in social… Adica vezi ca dai in deformare profesionala. Bine, si filmul se preteaza. Iar mie nu-mi place socialul. Da-mi place ce ai scris.

  5. Ai si tu dreptate, poate ca e o moda, plus ca am si eu o fixatie, recunosc. :) Fiecare percepe diferit si personal productiile astea. Un singur lucru apreciez la Cohelio: faptul ca scrie in asa fel incat sa sintetizeze zeci de idei destepte si teme preluate din literatura universala intr-o poveste scurta si accesibila oricui sa le inteleaga.

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